Chronique de Concert
Bertrand Cantat & Amor Fati
Jeudi 24 Mai 2018 à 20h débute la première partie de Bertrand Cantat, quelle bonne surprise ! Ces Rouennais ont du talent : les textes et les rythmes nous invitent puis l'espèce de transe dans laquelle se met le chanteur avec ses faux airs de Ian Curtis se communique petit à petit au public qui se laisse conquérir. On finit par chanter avec eux, on bouge et on a envie de mieux les découvrir (difficiles à retrouver sur internet. Est-ce qu'il s'agit bien de "Forêt" ??) !
Puis le silence et l'attente. La tension est clairement palpable, les places des premiers rangs valent très chers, ceux qui tentent une approche sont vite arrêtés. Tout le monde attend Bertrand. Enfin tous ceux qui sont là, car dehors, comme partout où il passe, les 18 féministes (si si on les a comptées) tentent de dissuader "Bertrand assassin, le publique complice !".
Un beau succès si l'on tient compte de la polémique qui accompagne chaque nouvelle date, l'annulation des festivals de cet été et de plusieurs salles, comme à Vitrolles où il devait passer peu avant, ou la pleine (dernière) page dans La Provence du jour. Un concert maintenu et environ 2500 personnes présentes donc, parmi lesquelles beaucoup de fan hardcore, qui l'ont suivi de Noir Désir jusqu'à Detroit. Enfin, nous on est là, et on n'est pas les seuls.
Il entre dans le cur du sujet de son nouvel album avec sa chanson phare "Amor Fati". Mais à la fin de la première chanson, on ne le voit toujours pas. Dans l'ombre, un vague contre-jour éclaire sa silhouette. Heureusement sa voix est reconnaissable entre mille. Mais on voudrait le voir ! Non, la deuxième chanson commence (deuxième de l'album), cette fois quelques lumières rouges. On l'entraperçoit.
Le publique est déjà fou, fou de joie de le retrouver, fou d'émotion, fou de ce nouvel album qu'il chante par cur. Les retrouvailles se font donc en douceur, avec délicatesse. Il s'adresse enfin au public, nous remerciant d'être venus "quand-même". Des hurlements viennent de toute part, on lui crie qu'on l'aime, on lui dit merci... Ses sourires l'illuminent, il serre quelques mains. Puis quelques titres de chansons connues fusent, un autre répond "on n'est pas au karaoké", alors il désigne une femme du publique et répond "non mais elle pourrait chanter, elle connaît tout par coeur, elle chante bien, et en plus ça m'arrange..." Après un blanc il reprend avec un "pardon... pour tout d'ailleurs ; comme ça c'est fait".
Ça fait du bien... Il va juste un peu trop loin en traitant les défenseurs des droits de la femme de "crétins qui ne font pas avancer le monde". N'oublions pas qu'à la base si on a été si touchés par Noir Désir, c'est justement pour ses profondes valeurs humaine... Ça sonne comme une fausse note... Il sort de scène à deux reprises et revient quelque peu altéré. Ses musiciens en profitent pour présenter l'équipe au grand complet. Une belle équipe et une belle énergie. Pascal Humbert et Bruno Green, les fidèles de Detroit sont là.
Enfin arrive "A l'envers à l'endroit", Noir Désir est de retour. Tout le monde est tellement heureux. Ça parait irréaliste de pouvoir vivre ça après tout ce temps, après tout ce qu'il s'est passé. Et ben si. De nouveau, quelques morceaux d'Amor Fati avant d'enchaîner sur "Tostaky". Et là, c'est la folie, une pression humaine vient s'abattre sur les premiers rangs. Tout explose : le publique, la musique, les cris.
Et les sourires sur les visages. Puis "Lost" et "Anthracitéor". Et on veut nous faire croire que c'est la fin. Enfin personne n'y croit, ni eux, ni nous. Ils reviennent pour "l'homme pressé" "aujourd'hui" "le vent nous portera". Cette fois-ci il ne prennent pas la peine de faire semblant de sortir. Il y a comme un pacte. La foule hurle, ne veut pas que ça s'arrête. Ils savent qu'on sait. Alors ils continuent "Marlène" puis "comme elle vient". Et enfin un beau et émouvant salut final avec tous les musiciens serrés les uns contre les autres. Dans le (tumultueux) silence, le publique se met à entonner le refrain de "comme elle vient", à l'unisson. Beau moment, belle communion, qui semble partagée. Un dernier au revoir.
On n'arrive pas à croire que c'est fini, ça hurle, ça essaie de motiver les troupes mais ça s'arrête comme ça, avec la mémoire de ce moment innommable. Ce qu'on vient de vivre vaut de l'or.
PS : la traditionnelle autorisation de ne photographier que les 3 premiers morceaux (alors que les 2500 personnes présentes sont toutes sur leur portable à filmer, photographier et diffuser en live...) et la nécessité de faire valider par le management du groupe les photos publiées ne permettent malheureusement pas d'illustrer toute la réalité du concert.
Chronique : Claire-Armance
Photos : Laurent Bruguerolle
Critique écrite le 30 mai 2018 par Lb Photographie
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